Une initiative citoyenne portée par des parents, une école et des partenaires communautaires donne naissance à un nouvel espace entièrement dédié à la lecture en français. Cette mini-bibliothèque francophone mise sur le partage, la visibilité et le plaisir de lire en famille.
Chrismène Dorme – IJL – Le Régional
C’est un petit meuble brun installé sur le terrain d’une école dans un quartier de Kitchener qui pourrait sembler discret et pourtant, il marque une étape importante pour la communauté francophone de la région de Waterloo. Le vendredi 29 mai, résidents, parents et partenaires se sont réunis pour inaugurer « La Petite Bibliothèque », le tout premier point de lecture francophone du genre.
Pensée comme un lieu libre d’échanges et de découvertes, cette installation a été rendue possible grâce à la mobilisation des citoyens du quartier, du conseil des parents de l’École élémentaire catholique Cardinal-Léger, ainsi que du programme Love My Hood de la Ville de Kitchener.
Selon Anik Widdifield, présidente du conseil des parents de l’école, tout commence au détour de discussions entre parents et enseignants. L’idée d’un espace de partage de livres en français s’impose peu à peu comme une évidence. « Le fait que cela émane de plusieurs personnes confirme que c’était une bonne idée », raconte-t-elle.
Dès septembre 2025, le conseil des parents s’active. Contacts avec la Ville, recherche de financement : le projet prend forme étape par étape. À cela s’ajoutent les contributions de bénévoles, dont un père charpentier, ainsi qu’une vaste campagne de dons de livres lancée dans toute la communauté.
Au-delà de l’aspect logistique, l’enjeu est avant tout culturel et social. Dans une région où les ressources en français sont parfois limitées, notamment en fin de semaine, ce nouvel espace répond à un besoin réel.
Du côté de l’école élémentaire, le directeur Appolin Patchao insiste sur la dimension communautaire du projet et sur son ancrage dans la réalité d’un milieu minoritaire.
« L’idée était de valoriser la langue et la fierté d’être francophone », explique-t-il. Pour lui, ce petit espace de lecture répond à un besoin concret : renforcer les liens entre l’école et les familles tout en facilitant l’accès aux livres en français.
« Le fait d’évoluer en contexte minoritaire sert au renforcement des liens communautaires, souligne Appolin Patchao. Nous voulons partager cet amour de la langue avec tous les francophiles. C’est un projet qui permet de connecter l’école et la communauté. »
L’établissement a joué un rôle central dans la coordination, en collaboration avec les parents et les partenaires institutionnels.
Si la bibliothèque municipale existe déjà, elle ne suffit pas toujours à combler les besoins des familles. « Même en fin de semaine, les élèves peuvent venir avec leurs parents et découvrir la joie de la lecture », rappelle-t-il.
Le jour de l’inauguration, la réaction des familles a dépassé les attentes. Chaleureux, les riverains ont été curieux dès l’installation et ont posé des questions. Le principe est simple : libre-service, chacun peut prendre un livre ou en laisser un.
« On s’attend à ce que les livres partent plus rapidement qu’ils n’arrivent », admet Anik Widdifield avec un sourire, tout en précisant qu’un fonds est prévu pour continuer à alimenter la collection.
Au-delà des livres, c’est un sentiment d’appartenance qui se construit. Les enfants, eux, observent avec fierté ce projet auquel ils appartiennent désormais. « Ils étaient très fiers de constater qu’on a accompli une belle mission et de voir l’intérêt des gens », raconte-t-elle.
Dans un contexte où l’anglais demeure dominant, cette visibilité francophone est jugée essentielle. Pour Appolin Patchao, cette initiative pourrait bien faire cas d’école : « Il existe déjà plusieurs mini-bibliothèques en anglais dans la ville, mais celle-ci est la première en français. Elle va inspirer d’autres projets, car de plus en plus de familles francophones s’installent ici », conclut-il.
Une petite bibliothèque donc, mais un grand pas pour la francophonie locale.
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Photo : Parents, enseignants et partenaires posent devant le nouvel espace de lecture en français. (Crédit : Mariana Bilbao)





